Cheap Thrills et Robert Crumb

Cheap Thrills et Robert Crumb

En 1968, pendant que les hippies fumaient et forniquaient en contestant le matérialisme et le consumérisme des sociétés industrielles, le chef de file de la bd underground Robert Crumb, dessinait la pochette mythique de l’album “Cheap Thrills” de Big Brother and The Holding Company, groupe phare de la scène psychédélique de la Bay Area.

C’est par hasard que je suis tombé sur cette perle rare. Vers 12 – 13 ans, j’avais pris la sale habitude de taxer mes parents pour me constituer une BDthèque digne de ce nom. La puberté galopante, mes préférences allaient à cette époque vers les ouvrages de Milo Manara, grand maître de la bande dessinée érotique. Puis il y eut le choc Crumb, splendide déganté, découvert dans les pages d’une obscure revue à moitié pornographique. A cette époque, mon dealer préféré était un vieux bonhomme qui tenait une petite librairie d’occase juste à côté du seul sex-shop de la ville. Le mercredi après-midi était jour de courses où je claquais l’argent durement gagné à la sueur de mon front boutonneux. Je m’empressais donc de lui demander s’il avait du Crumb en stock. Il hocha la tête et me fit comprendre que les expérimentations de LSD et la libération sexuelle avaient quitté ses rayons depuis belle lurette. S’engagea alors une discussion sur le parcours et l’œuvre de ce bon vieux Robert, has-been solaire de la contre-culture américaine. En l’espace d’une heure, j’allais tout apprendre sur ma nouvelle idole : Fritz The Cat, Zap Comix, Big Ass Comics, Snatch, Mr Natural…

Langue pendante, je buvais littéralement ses paroles quand soudain il me dit : “Tu devrais aller à la Fnac acheter Cheap Thrills de Big Brother and The Holding Company !”. Un instant, j’ai cru qu’il perdait les pédales ! “C’est le seul album de ce groupe avec Janis Joplin comme chanteuse. Il contient la chanson Summertime, un monument !”. Je commençais à prendre le vieux libraire pour un dingo et me demandais où je pourrais bien acheter mes bouquins dorénavant quand il me révéla l’auteur de la pochette : Crumb himself. Bien sûr, la Fnac n’avait pas l’album dans ses rayons et je du patienter encore quelques temps avant de découvrir une des plus fameuses cover de l’histoire et, un des seuls disque que je passe encore régulièrement sur ma platine. Le vieux ferma boutique l’année suivante.

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