Leonard Peltier

Leonard Peltier

Mon crime est d’être indien. Quel est le votre ?

” Si mon emprisonnement ne faisait qu’informer un public ignorant des terribles conditions que les Indiens et les autres peuples autochtones connaissent encore dans le monde d’aujourd’hui, alors ma souffrance aurait et continuerait d’avoir un but. Le combat de mon peuple pour sa survie inspire ma propre lutte. Chacun de nous se doit d’être un survivant. “

Leonard Peltier est un prisonnier de guerre, l’une des nombreuses victimes de la guerre cachée menée par le gouvernement américain contre l’American Indian Movement (AIM) et ceux qui le soutiennent. Au milieu des années 1970, cette offensive entraina la mort d’un grand nombre de militants, des centaines de blessés et l’emprisonnement des survivants.

Cette opération de répression s’est inscrite dans le cadre du programme du COINTELPRO (counter-intelligence program-programme de contre-espionnage) orchestré et conduit par le FBI, le Bureau Fédéral d’Investigation. Le COINTELPRO est un dispositif de surveillance interne hérité de la période sombre du McCarthysme et de sa - chasse aux sorcières - dans le contexte de la guerre froide. Dans les années 1960, ce programme a surtout ciblé tous les individus et mouvements emblématiques des luttes pour un changement de la société américaine tels que Martin Luther King, Malcom X, le mouvement pour les droits civiques, la contestion contre la guerre du Vietnam ou encore le parti des Black Panthers. Le FBI était alors déterminé à neutraliser par tous les moyens les tentatives d’émancipation ethnique et sociale qui auraient pu - menacer - la sécurité interne du pays. Les tactiques généralement utilisées étaient la déstabilisation et la division par l’infiltration d’agents dans l’entourage des leaders ou des mouvements et la propagande de criminalisation et de discrédit par le biais des médias. Des décennies après, il reste encore à lever le voile sur le rôle joué par le FBI dans un certain nombre d’assassinats politiques commis aux États-Unis et toujours non élucidés.

En 1972, Richard “Dick” Wilson a été élu président du conseil tribal de la réserve indienne Oglala Lakota de Pine Ridge dans le Dakota du Sud. Il s’est attelé immédiatement à une épuration politique visant à écarter tous ses opposants et à instaurer un régime fait de népotisme et de répression. Il a mis en place une milice privée paramilitaire, les Goons (Guardians of the Oglala Nation) qui, comme il le sera révélé plus tard, recevait secrètement des armes et des munitions sophistiquées du gouvernement américain.

Dès sa fondation en 1968, l’American Indian Movement, AIM, a canalisé les forces militantes des indiens luttant pour le respect des Traités signés entre les Nations indiennes et le gouvernement des USA et s’opposant aux traitements arbitraires et racistes perpétrés par la société dominante. L’AIM a démontré à plusieurs reprises, comme lors de l’occupation du Bureau des Affaires Indiennes à Washington en novembre 1972 (à laquelle Leonard Peltier a participé), que ses membres et leaders n’étaient plus disposés à accepter le traitement infantilisant et méprisant du gouvernement américain et qu’ils étaient prêts à des actions symboliques non-violentes pour attirer l’attention des politiques et des médias sur la réalité indienne. Cette position courageuse et sans compromis a surtout attiré l’attention du FBI qui a classé l’AIM dans la catégorie des organisations d’extrêmistes.

L’AIM a répondu en 1973 à l’appel à l’aide des Indiens traditionalistes Oglala Lakota de Pine Ridge qui subissaient l’escalade de la violence et le règne de terreur de Dick Wilson et de ses Goons. La réserve de Pine Ridge est un territoire souverain où les forces de l’ordre du gouvernement des USA n’ont juridiction que dans les cas d’homicide ou de délits graves.

Du 27 février au 8 mai 1973 s’est déroulée l’occupation sur Pine Ridge du hameau de Wounded Knee par la Nation Oglala Lakota Indépendante et l’AIM. Celle-ci s’est achevée à l’issue de promesses faites par le gouvernement américain qui ne les honora jamais. A partir de cette période, la violence s’est intensifiée et Wilson pourchassa sans répit tous les traditionalistes, membres et supporters de l’AIM, dont 64 d’entre eux ont été assassinés en toute impunité. De plus, le FBI procéda à 562 arrestations liées à l’occupation de Wounded Knee mais n’ouvrit jamais aucune enquête sérieuse sur ces meurtres violents.

En 1975, Leonard Peltier s’engagea avec d’autres membres de l’AIM à protéger et à aider la famille Jumping Bull résidant sur la réserve et étant menacée par les Goons. Le 26 juin 1975, deux agents du FBI, Jack Coler et Ronald Williams pénétrèrent sans mandat avec leurs voitures sur la propriété privée des Jumping Bull sous prétexte d’y arrêter un jeune indien accusé du vol d’une paire de bottes de cow-boy. Dans l’atmosphère de violence et de psychose quotidiennes qui règnait alors, l’intrusion des deux étrangers a déclenché un échange de coups de feu nourri qui laissa pour morts un jeune Indien, Joe Killsright Stuntz et les deux agents. L’intervention immédiate de plus de 150 agents du FBI, de Marshals, de troupes fédérales d’intervention armée, de la police tribale et de Goons qui étaient alors massés à proximité laissa à penser que cet incident était préparé à l’avance. Avec des moyens et des armes rudimentaires, Leonard Peltier et ses compagnons ont couvert l’évacuation des femmes, enfants et personnes agées qui constituaient alors la majorité des résidents de la propriété des Jumping Bull.

Une fois tous enfuis, il s’ensuivit alors une des plus grandes chasses à l’homme menées par le gouvernement des États-Unis. Un jour avant la fusillade, Dick Wilson a négocié en secret et en toute illégalité le transfert de 76200 acres du territoire de la réserve au gouvernement fédéral dans le but d’y exploiter un gisement d’uranium.

Le FBI parvint à arrêter et à traduire en justice sur des chefs d’accusation de meurtre au premier degré et de complicité de meurtre deux membres de l’AIM, Dino Butler et Bob Robideau qui étaient alors présents lors de la fusillade. Pendant ce temps, Leonard Peltier était parti se réfugier au Canada. A Cedar Rapids (Iowa), les avocats de Butler et Robideau ont été autorisés durant le procès à produire les preuves et les témoignages faisant état du contexte de violence existant sur la réserve de Pine Ridge ainsi que des activités illégales du FBI exacerbant ce climat. Les deux hommes ont été acquittés le 16 juillet 1976 sur la base de leur droit à la légitime défense. Leonard Peltier restait alors le dernier co-accusé dont disposait le FBI pour venger la mort des agents Coler et Williams. S’il avait été jugé en même temps que Dino Butler et Bob Robideau, il aurait sans aucun doute été acquitté.

Leonard Peltier a été inculpé des meurtres au premier degré des deux agents puis condamné à deux peines consécutives de prison à perpétuité le 2 juin 1977 à Fargo (Dakota du Nord), il s’est vu refusé son droit à une révision de procès, est privé de sa liberté depuis 24 ans et reste incarcéré arbitrairement au pénitencier fédéral de Leavenworth (Kansas) alors que son arrestation et son extradition du Canada ont été obtenues sur la présentation de dépositions frauduleuses produites par les méthodes coercitives du FBI sur la personne de Myrtle Poor Bear, une jeune femme indienne dont le témoignage sera écarté par le juge sur la base d’instabilité mentale au moment du procès de Peltier ; son procès a été une véritable parodie de justice, ses avocats se sont vus imposés des restrictions draconiennes dans l’argumentation de la défense et n’ont pas été autorisés à présenter des témoins clefs alors que le FBI s’est rendu coupable de subornations de témoins et de parjure en produisant des témoignages fabriqués et une expertise balistique falsifiée ; le gouvernement a ultérieurement et à deux reprises admis qu’il ne sait pas qui a tué les deux agents et a modifié les termes du chef d’accusation de meurtres au premier degré à complicité de meurtres, et ce en l’absence d’une révision de procès.

En 1978, le Juge Benson, qui avait été en charge du procès à Fargo, a refusé la réouverture du procès, la 8ème Cour d’Appel des U.S a confirmé la sentence et enfin, la Cour Suprême a rejeté le premier appel de Leonard en 1979. En 1981, les avocats de Leonard ont obtenu un document de 12.000 pages des dossiers du FBI grâce à la FOIA (Freedom of Information Act) qui met en évidence un très grand nombre d’irrégularités et de fraude par le FBI dans l’affaire Peltier. En septembre 1986, le 2ème appel de Leonard a été rejeté par la 8ème Cour d’Appel et ce, malgré tous les éléments (parjure, malversations, mise à l’écart de témoins etc…) démontrant la machination du FBI. Toutefois, le Juge Heaney, membre du panel présidant cette Cour, a envoyé une recommendation en faveur de la grâce présidentielle en 1991 au président G. Bush après avoir quitté sa fonction. En 1990, les avocats de Leonard ont déposé une assignation en Habeas Corpus qui a été rejetée par le Juge Benson. En 1993, le 3ème et dernier appel de Leonard a été rejeté par la 8ème Cour d’Appel alors que le procureur Lynn Crooks en charge de l’affaire a admis que le gouvernement ne savait pas qui a tué les deux agents. En novembre 1993, la Commission des libérations sur parole a répondu négativement sur le cas de Leonard et a décrété arbitrairement que son dossier ne serait pas examiné avant 2008. Ramsey Clark, l’avocat principal de Leonard et ancien procureur général sous la présidence de Johnson, a déposé une demande de grâce présidentielle auprès de la Maison Blanche, demande à laquelle le président Clinton n’a pas encore daigné répondre… En 1996 et en 1998, lors d’auditions devant un examinateur de la Commission des libérations sur parole, la révision complète du cas de Leonard a été renvoyée à chaque fois à l’année 2008. En 1998, elle exigeait que Leonard admette sa culpabilité, ce que Leonard refusa de faire. Le 4 juin 1999, les avocats Ramsey Clark, Carl Nadler et Lawrence Schilling ont déposé une assignation en Habeas Corpus devant une Cour fédérale à Topeka (Kansas) afin d’attaquer la Commission des libérations sur parole dans son refus d’examiner le cas de Leonard et de le renvoyer systématiquement à l’année 2008 alors même que cette commission est supposée être démentellée en 2002 !

Le 13 décembre 1995, Leonard Peltier a été transféré de sa cellule sans son consentement et en dehors de toutes procédures légales vers le centre médical du Pénitencier fédéral de Springfield dans le Missouri. Il y a été traité pour deux problèmes de santé et a notamment subi deux interventions chirurgicales à la mâchoire qui se sont très mal passées. Leonard est tombé dans le coma, a perdu beaucoup de sang et a failli mourir. Puis, sans raison, il a été placé immédiatement durant 5 jours pendant sa période de convalescence en isolement carcéral complet dans une cellule non aseptisée et éclairée 24h sur 24h à la lumière artificielle. À la suite de cela, l’opération ayant échoué, et Leonard Peltier souffrant de plus en plus de la mâchoire, de maux de tête et de vertiges, il a été astreint sans son consentement à des soins par radiothérapie. Durant les années qui suivirent, son état n’a fait qu’empirer et en 1998, sa mâchoire s’est complètement bloquée, le gènant autant dans son allocution et l’empêchant de mâcher son alimentation. Les autorités pénitentiaires lui ont refusé jusqu’au début de l’année 2000 que lui soit mixée sa nourriture de même qu’elles lui ont nié son droit à des examens radiographiques et par scanner afin de d’établir un diagnotic sur sa mâchoire. Le Bureau des Prisons à Washington avait même décrété sans aucun fondement que sa situation est stationnaire et sans aucune amélioration possible. Leonard souffre également de problèmes cardiaques, de diabète et a perdu une grande partie de ses facultés visuelles dû à un manque de soin de santé approprié. Le gouvernement américain s’acharne à condamner Leonard Peltier à une mort lente, pénible et certaine. Les dernières chances de Leonard d’échapper à la torture de cette mort lente résident dans la mobilisation sur le plan national et international afin de maintenir la pression constante auprès de la Maison Blanche pour que soit signée une grâce présidentielle.

A l’heure actuelle, il est toujours en prison !

+ www.leonardpeltier.org

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