JR / Expo 2 rue

Depuis quelques années, l'artiste JR colle ses photos N&B sur les murs de nos villes. Cet activiste urbain vient de faire une exposition dans le quartier des Bosquets ou il a collé ses oeuvres sur les immeubles avant de s'envoler pour New York ou il a décidé d'établir son quartier général. RESPECT !

- Quel est ton background ? C'est quoi ton histoire ? On veut tout savoir sur toi ? J'ai commencé la photo il y a 4 ans par hasard après avoir trouvé un appareil dans le métro. Mes premières séries portaient sur le graffiti et ses ambiances (tunnel, toit, rue..). C'est à cette époque que j'ai arrêté le graffiti et que je me suis lancé dans de véritables missions photos. Je n'ai fait aucune école de photo, j'ai assisté aucun photographe, je n'ai jamais pris de cours ou appartenu à quelque club que ce soit. Je reste anonyme dans ma démarche donc je donne jamais plus d'info sur mon identité.

- Comment sont nées les Expos 2 rues ? Lorsque je faisais les photos sur les graffiteurs, je ne pouvais pas me permettre de leur filer des vrais tirages de mes photos, j'en avais pas moi même d ailleurs. Donc je faisais des tirages photocopiés et je leur passais. Comme des fois j'en tirais trop, je remplaçais les pubs dans les panneaux "insert communication ville" par mes photos. J'ai eu beaucoup de retour de ces affichages, j'ai alors commencé à réaliser la force de la rue et je me suis dit qu'il fallait aller plus loin. Je suis rapidement passé à la colle et la bombe de peinture pour bien démarquer ma démarche de celle des publicitaires.

- Pourquoi le choix du noir et blanc en photographie ? Pour 3 raisons majeures Le noir et blanc ça tue et ça ça ne s'explique pas. Ca se dénote des affichages publicitaires dans la rue et je repasse plus vite et plus simplement mes photos en affiche.

- Tu travailles toujours par série (graffiti, breakeur,... ) ? Oui afin de présenter un série de photos complète sur le thème et d'y associer un encadrement spécifique ( bombe, scotch...).

- Quel est l'influence du graffiti sur ton travail ? L'influence du graffiti pour moi c'est rester en marge dans mon mode d'exposition tout comme les graffiteurs restent en marge de la société. J'évolue dans le même milieu que les graffiteurs : la rue et toutes ses facettes.

- Tu t'y prends comment pour photographier les acteurs de l'underground ? Tous mes projets se font au feeling. J'aime photographier des gens qui m'inspirent quelque chose. Donc c’est au fil de mes rencontres que je décide de bosser sur tel ou tel thème. Il y pas mal de thème sur lesquels je travaille mais que je ne recolle pas dans la rue. En ce moment, j'infiltre les acteurs de l'underground New Yorkais.

- Comment sélectionnes-tu les lieux de tes expos ? Je traverse la ville d un bout à l'autre et je trouve mes emplacements au hasard. Il y a toujours de quoi faire. Je ne sélectionne jamais un quartier plus qu'un autre. J'ai aussi beaucoup d’amis-espions dans la ville qui me tiennent informés des nouvelles palissades et autres lieux susceptibles de m'intéresser.

- Racontes-nous une anecdote pendant un affichage. La nuit ou le jour quand je colle; je rencontre toujours des gens et c’est ce qui fait le charme de mes sessions collage. Toutes les rencontres sont enrichissantes même celles qui tournent mal. Il y a un an, j'ai collé une 4 par 3 aux Frigos à Paris. J'ai choisi un emplacement à 10m du sol et l'échelle ne faisait que dix mètres donc, arrivé en haut de celle-ci je touchais à peine le bas de mon emplacement. Avec l'aide de mon petit collectif "les colleurs Malfrats", on a mis 7 heures pour la placer ! Au petit matin, les gens du squat nous ont joués des airs de flûtes en bas de l'échelle, c'était un moment très spécial.

- Parles-nous du projet " expo en herbe " ? Je parlerai pas de projet mais de délire ! C'est à la campagne où j'aime m'évader, au milieu de nulle part avec un bon vieux cross et ma copine les cheveux dans le vent... j'adore les clichés !

- Quelle est l'origine de l'exposition dans un ghetto, quartier des Bosquets ? L'origine c'est ma collaboration sur différents projets avec le collectif Kourtrajmé. Mon pote Ladj de Kourtrajmé habite aux bosquets et récemment il a réalisé un petit court métrage sur mon boulot pour un DVD promo de la marque Rossignol (dispo gratos sur mon site). En allant coller dans son quartier, j'ai fait quelques photos des jeunes du quartier et de voiture cramée au cocktail molotof. Ainsi est né le "Boske' Project". Lorsque j'ai décidé d'aller au bout du projet en collant les affiches 8 par 6 sur les murs des immeubles, il m a fallut l'aide de tout le quartier des bosquets.

- Est-ce que derrière ton travail il y a un message militant ? En quelque sorte, il y en a toujours un. Celui de bosser dans la rue car il y a plus de gens qui le découvriront que dans une galerie. Pour ce qui est des bosquets, le message social c’est la presse qui l’a crée. En effet, mon idée de départ était de faire une expo dans le quartier le plus cramé du 93 et d'inviter tout le gratin parisien à mon vernissage. Bien sur, je savais qu'il n y aurait personne mis a part les jeunes du quartier, les kourtrajmés, mes potes et la presse. Le nouvel Obs' en a fait une action super sociale en la mettant dans la rubrique image de la semaine. En tout cas on a eu aucune autorisation et la police a essayé d'intervenir à plusieurs reprises mais n’a jamais pu... en bas de mon échelle il y avait la moitié du quartier !

- Si je te dis Robert Doisneau, Estevan Oriol, tu me réponds quoi ? Je te dis que j'admire leurs travaux mais ce ne sont pas des sources d'inspirations pour moi. Mon inspiration c'est mon quotidien.

- Tu reviens de New York, parles-nous de ton voyage dans la grosse pomme ? J'en reviens pas, je m'installe ici pour un petit bout de temps. Je monte un projet içi, toujours dans la rue C'est une ville de fou, ici c’est marche ou crève. J’habite Brooklyn et franchement les New Yorkais sont Peace. Ici tout est business donc pour moi c'est délicat car pour mon travail dans la rue, je n'attends pas de retour financier ! Donc c’est pas toujours évident de leur expliquer ma démarche. J'ai rencontré WK interact, son travail est vraiment fort ! Il m'a donné de bons conseils pour ne pas me retrouver en prison... trop rapidement. Je bosse sur le Livre "ART 2 RUE 2" édité aux éditions Free presse. Je l'ai commencé en France et je le continue içi. Je fais des reportages photos sur les artistes de rue toujours actifs dans la rue. Sortie prévu juin 2005.

- Ton but c'est de devenir un photographe reconnu, exposé en galerie ? Mon but c'est de toujours bosser comme je l'entends, en marge des circuits institutionnels. Exposer en galerie : JAMAIS. Je pense vraiment avoir trouvé mieux ! Et si dans la société actuelle l'artiste reconnu c'est celui qui expose en galerie alors je ne serai jamais reconnu !

- Un artiste dont tu aimes le travail ? Banksy.

- Projets et dédicaces ? J'ai déjà mon prochain thème d'expo 2 rue en tête, j'en ai pour quelques mois de travail. D'ici là, je vais finir mon livre sur les artistes de rues : j'ai pas mal de voyage puisque je vais rencontrer chaque artiste dans son pays. Un grand merci à tous ceux avec qui je travaille et qui restent dans l'ombre ! Ah oui, un autre grand projet mais pour ça il faudra vous rendre au salon Who's next en Janvier 2005...

>- Derniers mots ? Gardez les yeux grands ouverts, je suis pas prêt de lâcher la rue !

>> Website : www.jr-art.net
Propos receuillis par B. / Artwork by JR
JR / Awake Studio © 2004. Tous droits de reproduction réservés.