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ARMEN aka ARMENI BLANCO | HYPER REALISME
Peu sont les photographes dont les œuvres sont reconnaissables au premier coup d’œil. Les Philip-Lorca Di Corcia, Nan Goldin, David LaChapelle,… se font rares et de retrouver un artiste de ce calibre spécialisé dans la presse Hip Hop, tient du miracle. Armen est une exception. Entre peinture et photographie, il offre avec ses cadrages cinématographiques et son grain hyper-réaliste, une autre dimension aux sujets qu’il shoote. Rencontre avec un des plus grands artistes actuels.
Awakestudio.com : Pour ceux qui ne connaissent pas Armen, peux-tu te présenter ?
Armen : Je m’appelle Armen et suis photographe, réalisateur, producteur musical quand j’en ai le temps et des tas d’autres étiquettes… Ha ! Ha ! Ha ! Je bosse aussi avec mon pote JR EWING sur l’élaboration de ses mix-tapes.
Quel est ton background ?
Je suis tombé amoureux du Hip Hop à l’âge de 14 ans, quand mes parents sont revenus de New York et qu’ils m’ont montré des gars dansant comme des robots avec des gants blancs. (rires) La suite, c’est Afrika Bambaataa qui était de passage à Paris avec Futura 2000, le Rock Steady Crew, Ramel Zee… Là j’ai pris une gifle monumentale et me suis aussitôt mis au Break dance dès 1984. Le reste n’est plus qu’histoire puisqu’en gros, on peut dire que j’ai été témoin de la fameuse époque. Celle du terrain vague de La Chapelle à Paris où j’ai également fait mes premiers graffitis.
Tes débuts artistiques ?
Parallèlement à mon amour pour la culture Hip Hop, je faisais également du freestyle/BMX. J’étais très actif à cette époque, mais en même temps tout se mélangeait très bien à cette époque. Les gars avec qui je breakais (Les TMS) faisaient également du BMX. J’ai fini par rencontrer les responsables du seul magazine spécialisé « Bicross magazine » qui m’ont donné une rubrique dans laquelle j’ai commencé par écrire, puis très vite c’est la photo qui a pris le dessus. J’ai donc pris mes premiers clichés en 1991.
Comment qualifierais-tu ton travail ?
C’est difficile à dire ! C’est lié à pleins de facteurs. Disons qu’il est le reflet de l’environnement dans lequel j’ai grandi. Il pue la rue, le bitume et sa population. Des gens qui se sont battus pour réussir, enfin je crois !
Est-ce que tu as l’impression d’appartenir à un mouvement, à une « école » de photographe ?
Oui et non ! Oui parce qu’à chaque génération il y a une vague de photographes qui va avec. La mienne est celle des années 80-90’s jusqu’à aujourd’hui. Celle de jeunes de mon age qui ont vécu le Hip Hop dans toutes ses formes mais aussi les sports urbains comme le BMX et le skate. Le style que je développe maintenant depuis quelques années déjà s’appelle l’hyper-réalisme. Au-delà du travail de retouche qui donne ce style exagéré et grossi du grain, il garde ce côté authentique et réel. Je suis très influencé par la peinture. Pour moi, la photo n’est que la continuité contemporaine de la peinture. Les peintres peignaient des portraits, des scènes de vie, et j’estime faire exactement la même chose avec mes clichés.
Justement, quelle est la place de la photo dans l’art contemporain ?
Ben, je viens un peu de te répondre. C’est la modernisation du support et de la technique, mais l’enjeu reste le même. Rien ne remplacera la peinture, même si en photo la démarche est sensiblement identique. J’aime dire que je suis témoin d’une époque et que ma façon de le montrer se fait au travers de mon travail.
Quelles sont tes influences ?
La « RUE » et son environnement, sa vie, sa loi ! Mais également l’œil de certains grands photographes ou cinéastes. Je ne regarde jamais un film comme les autres spectateurs. J’analyse tout : la lumière, la direction du cadre,...
Le photographe dont le travail t’impressionnes le plus ?
Waoww, c’est chaud car il y en a pleins ! (rires) De ma génération, ceux qui m’ont le plus influencé, sont sans doute Spike Jones ou encore Ricky Powell. Mais j’adore le travail de Sebastao Salgado, Jean-Baptiste Mondino, David Lachapelle… Tous ont des styles complètement différents mais c’est çà qui m’intéresse. Dans mon équivalent aujourd’hui, je dirais Jonathan Mannion, Jim Fiscus… J’aime aussi beaucoup le travail de mon pote Seb Janiak.
Comment se déroule une séance photo avec Armen ?
Dans la joie et le rire car je déteste les gens qui se prennent au sérieux. On est tous des êtres humains avant tout et je déteste le phénomène de starification.
Es-tu quelqu’un de très technique ?
De plus en plus et j’apprends tous les jours.
Quel appareil utilises-tu ?
En format 24x36, un bon vieux Nikon F4 et en moyen format, j’ai un boîtier Hasselblad 500CM et un Mamya RZ.
Et le numérique ?
J’aime pas ! Ca demande autant de travail en retouche que de shooter en argentique et la seule différence c’est que tu sautes l’étape du développement. Mais à mon niveau, le matériel numérique coûte aussi très chèr alors…. Je dis nan ! C’est comme de faire un film avec une caméra DV au lieu du support film ciné 35mm. Tu peux le faire, mais c’est pas beau.
Est-ce que tu retouches tes photographies ?
Nah ! Chacun son taf !
Avant de déclencher, tu sais toujours ce que tu veux obtenir ?
Bien sûr, mais je laisse aussi beaucoup de place à la magie et à l’improvisation.
Tu développes toi-même tes photos ?
J’en ai malheureusement pas le temps. Je bosse souvent dans l’urgence et du coup, je donne tout à un labo qui connaît bien mon travail et qui me suit depuis 6 ans maintenant.
Ton cadrage est souvent cinématographique. Tu peux nous en dires plus ?
C’est clairement ma véritable influence. Je suis également réalisateur et mon avenir se dirige vers le cinéma. Je suis fan du travail de Paul Cameron en ce moment. C’est le chef-opérateur de films comme Man On Fire, Colateral, Panic Room… et surtout de la pub BMW avec James Brown. Je suis aussi fan de Martin Scorsese.
Pour toi, une photo réussie c’est quoi ?
C’est une photo qui ne ment pas. Une photo qui a du dynamisme, qui suscite de l’émotion (crainte, joie, peur…). Une photo qui dégage une atmosphère particulière.
Parlons musique ! Quel regard portes-tu sur le rap actuel ?
Le même que celui que je portais en 84. J’aime toujours et de plus en plus, même si il y a des choses qui me gênent. Mais cette musique est celle de ma génération et je la défendrai jusqu’à la fin !
Et sur la presse Hip Hop en général ?
Laquelle ? Le meilleur mag « Get Busy » a disparu et aujourd’hui tout le monde essaye de faire du « Get Busy », mais il n’y a qu’un Sear ! Les mags ont tous le même contenu et pour un pays comme la France, on avait jusqu’alors près de 10 magazines. C’est n’importe quoi, une grande escroquerie ! C’est la guerre à la pub et à la langue de bois : moi je vends plus que toi, etc… Alors qu’en fait tout le monde est à la même enseigne : « Only The Strong Survive » comme dirait Mobb Deep. Et c’est pour ça que je bosse avec Rap Us aujourd’hui. Alex « Alp », le rédacteur en chef, est avant tout un ami de longue date. C’est un gars qui était là comme moi au début de cette putain d’histoire. Le Hip Hop, tu ne lui fais pas ! Quand je vois des gars venir lui faire la leçon, j’en rigole. Ils ne savent pas à quel point ils se ridiculisent et ça, on l’a vu avec toute la presse française. Maintenant il a un taf qui n’est pas facile à assumer et il le fait du mieux possible !
Et quelle est ta place au sein du magazine Rap US ?
Mon taf ? Photographe et aussi grande gueule. (rires) J’essaye de collaborer du mieux possible avec RAP US. D’une, parce que le rap américain reste prédominant dans mes play-lists et parce que je ne trouve plus rien d’exaltant dans le rap français. Les meilleurs Mc’s sont là depuis plus de dix ans et les nouveaux n’apportent rien de plus que du déjà fait. Maintenant, j’écoute toujours tout ce qu’il se fait et je ne crache pas dans la soupe, car la majeure partie de mon boulot est en France. J’aime des Mc’s comme Rocca (qui est un de mes plus proche ami), Booba, Kery James, Oxmo, Dany Dan, Lino… mais tous rappent depuis déjà plusieurs années et ont contribué à faire du rap français ce qu’il est aujourd’hui ! Ces gars puent le Hip Hop ! En ce moment, mon regard est porté sur les Ghetto Diplomats en qui je crois fort ! Ils ont l’expérience et la fraîcheur… l’avenir le démontrera, Inch’allah !
Tu as shooté les plus grands du rap : Fat Joe, 50cent, The Game, … y a t’il une personnalité qui ta marqué plus que les autres ?
Sans hésiter : Jay-Z et The Game, deux mecs super intelligents.
Ton meilleur souvenir ?
Un jour, alors que j’étais à New York, je reçois un appel de chez Def Jam me disant de me radiner au plus vite, Jay-Z voulait me rencontrer. Il venait de voir dans un magazine (L’Affiche) une photo que j’avais faite de lui lors de son premier passage à Paris. J’avais eu cinq minutes à la sortie d’un hôtel pour faire cinq clichés de lui. Bref, je déboule en bas du building où je vois quatre bodyguards et Damon Dash au milieu. Moi, comme un couillon je lui dis que je suis le photographe que Jigga man veut voir et là j’entends : « C’est lui ! C’est lui le gars ! ». Je me suis retrouvé au beau milieu de quatre montagnes qui me regardaient chelou et là jay-Z est arrivé. Il m’a dit qu’il adorait les photos et qu’il voulait toutes me les acheter, ce qu’il a fait et c’est comme ça que j’ai fait la pochette de son single « Wishing in a Star ».
Une anecdote ?
Y’en a pleins. Lors de ma photo session avec le G-Unit pour la couverture d’un RAP US, j’ai déboulé dans l’hôtel avec de vraies armes dans un sac de voyage. J’avais le concept de la photo et il ne me restait plus qu’à convaincre le groupe et surtout la maison de disque, les managers, la sécurité, les attachés de presse,… bref, je ne sais plus combien de personnes ! J’installe mon matos et arrive Young Buck. « Wass up ! Bon, je vous ai apporté des jouets, mais je te laisse les découvrires, c’est dans le sac là ! » lui dis-je. Au début il me regarde un peu méfiant - c’était en pleine parano sur 50Cent avec l’histoire de Ja-Rule - puis finit par ouvrir le sac et sortir mon fusil à pompe : « Merde, mais c’est des vrais ! ». Le gars se met aussitôt à activer le chargeur et me dit : « Attends ici, faut que je montre ça à 50 d’abord ! ». 50 débarque aussitôt dans la chambre et inspecte toutes les armes que j’avais apporté. Deux d’entre elles étaient de vraies armes dont le canon avait été obstrué et servaient uniquement au cinéma. L’une d’entre elle était un PM Stoyer, une arme autrichienne que 50 voulait me racheter. Le ouf ! Au final, sur les dix minutes qui m’avaient été accordées, je suis resté 25 mn à faire des photos, y compris avec 50 seul, qui refusait toutes séances photos à l‘époque. C’est un sacré souvenir ça !
Un personnage que tu aurais aimé photographier ?
Big Pun, sans hésiter. Mais aussi Notorious B.I.G que je devais faire la veille de sa mort. Et enfin TUPAC. J’aimerai bien avoir Snoop et Dre dans mon book aussi.
Tu peux nous parler de ton travail sur l’album de Tres Coronas ? Rocca et toi, c’est une longue histoire ?
Rocca est l’un de mes meilleurs amis, ça résume beaucoup de chose. On s’est rencontré à l’époque de la Cliqua et ce qui est marrant c’est qu’à ce moment là, nous n’étions pas forcement amis, puis avec le temps… On partage une même vision artistique car Rocca c’est un artiste avant tout. Il aime la musique comme peu de personne aujourd’hui. Bref, je ne vais pas m’étaler là-dessus mais on bosse ensemble depuis plus de dix piges maintenant. Tres Coronas c’est aussi mon bébé. J’étais là lors de l’élaboration du groupe, le jour où ils ont trouvé le nom. P.N.O (autre membre du groupe établi à NYC) est un pote chez qui nous passions beaucoup de temps avec Rocca, avant même l’existence de Tres Coronas. Autant dire que je me considère un peu comme un membre de cette famille, sauf que je ne suis pas d’origine d’Amérique Latine (rires) mais je parle espagnol, obligé avec de tels lascars.
Que représente internet pour toi ?
Un moyen très important de faire diffuser l’info et un lieu de discussion incontournable. C’est bien mieux qu’une conversation de comptoir (rires). La vie moderne quoi !
Quelles autres activités artistiques t’attirent ?
Comme je te l’ai dit, le cinéma m’attire de plus en plus, mais je ne me sens pas encore prêt. Maintenant, je sais que le premier film n’est jamais le meilleur donc, je produis des beats aussi. Je bosse soit avec mon pote, l’original Lenny Barr, sous le nom d’A.N.D production, soit en solo depuis que je me suis acheté une MPC2000XL. Avec mon autre mega super pote (rires) JR EWING, on produit aussi des mix-tapes, mixons dans des soirées… le Hip Hop life style à 150%.
Sur quoi travailles-tu en ce moment ?
Je viens de réaliser les photos de la prochaine pochette du 113 et j’ai pas mal de projets en cours.
Lesquels ?
Partir m’installer à NYC et c’est prévu pour 2006. Je me dois de tenter ma chance là-bas.
Qu‘est ce qui te pousses en avant ?
Le rêve, la vie, l’histoire de ma famille et ma culture… ma femme et mes amis.
Ton rêve le plus fou ?
Réaliser dans la même année la prochaine pochette de Jay-Z, celle de Nas et de 50cent. Là je pourrais dire que je suis arrivé au top de ce que je pourrais être.
Un dernier mot ?
Merci à vous de m’avoir accordé cette interview ! Et juste un truc pour tous ceux qui ont envie de faire quelque chose de leur vie : il faut tout d’abord croire en soi mais aussi savoir s’auto critiquer pour avancer encore plus loin ! Big up à ma famille : JR EWING, Lenny Barr, mon parce’ Rocca, mon crew GRIM TEAM Paris-NYC (we run this isshht !), Ghetto Diplomats, Alsoprodby, Vivien (Ecko), la famille WRUNG Division, Sear… Tres Coronas, Booba et le 92i, Mafia K’1 Fry, mon gars Oxmo… putain la liste est trop longue !
Website : www.armenexpo.com
Propos recueillis by b. / Photography by Armen.
Armen / Awake Studio Magazine © 2005. Tous droits de reproduction réservés.
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