APRES AVOIR RETOURNE L'HEXAGONE AVEC LE STREET-CD "L'ESQUISSE", LA JEUNE RAPPEUSE MARSEILLAISE KENY
ARKANA PREPARE SON PREMIER ALBUM : "ENTRE CIMENT ET BELLE
ETOILE". RENCONTRE AVEC UNE ARTISTE RARE ET AUTHENTIQUE, UN
BIJOU ECLATANT. HASTA LA VICTORIA SIEMPRE.
Tu accordes peu
d’interviews, pourquoi ?
Disons que
ce n’est pas mon kiff, mais bon il faut bien faire un effort,
c’est important aussi. Après, il faut que cela reste dans
l’esprit. Je connais ton mag’ et je kiff vraiment l’esprit, et
« ne laissons personne nous uniformiser » ça tue.
C’est cool, merci. Pour ceux qui ne te connaissent pas
encore, quel est ton background ?
Ma ville
c’est Marseille et j’ai commencé à écrire des textes de rap en
1996. J’étais en foyer et je rappais pour les jeunes du
foyer. Vers 1998, je suis allée aux ateliers de la Friche de
la Belle de Mai puis c’est vrai qu’à partir de ce moment là,
il y a eu une vraie dynamique. Le fait d’être entourée de
jeunes qui kiffent aussi le rap avec une certaine discipline dans
le sens où chaque semaine on se voit, on vient avec des
textes, on rap, on essaye de dénicher des scènes, … Après ça,
j’étais vraiment à fond, à fond, à fond ! De là c’est crée
Mars Patrie, un petit collectif de minos qui rappaient et après,
il y a eu Etat Major. Avec Etat Major on a sorti un maxi en
2002, à trois avec Dj Truk. Il faut savoir qu’à la base avec
Etat Major on était 13 en tout : 8 mc’s, 3 danseurs et 2 dj.
Ensuite, la vie a fait que chacun a tracé sa route et on a
donc sorti le maxi à trois. Après ce maxi, j’ai préféré
continuer en solo.
Quels ont été tes premiers chocs
musicaux ? Je sais pas… disons que le premier que j’ai vraiment
kiffé c’était Michael Jackson, comme tout le monde. Sinon,
j’écoutais un peu de tout… j’ai toujours aimé aussi la musique
sud-américaine.
Campay Segundo ? Par
exemple, dès que tu me mettais ça, j’étais à fond.
Et
des groupes comme la Mano Négra ? Non, plus
des choses typiquement sud-américain que des groupes français
qui chantent en espagnol. Bon attends, aujourd’hui je kiff
grave Manu Chao et Mano Négra, big respect à eux, mais petite
c’était pas trop mon délire ? Je suis d’origine
Argentine donc forcément tout se qui était un peu latin, je
kiffais.
D’origine Argentine comme Ernesto « Che » Guevara.
Oui... et merci de me dire Che Guevara car on me
dit toujours Maradona. Bon, Maradona je respecte mais Che
Guevara quoi !!! (rire)
Le Che, j’suis un fou, c’est une
partie de ma vie. Tu as lu
ses écrits ? Ses écrits politiques et sociologiques ? Il donne
sa vision du communisme et c’est pas le communisme qui te fait
crik à l’oreille, celui qui te fait penser à goulag et
compagnie. Franchement, ce gars y déchire et j’suis dégoutée
car jamais les hommes vont étudier ses écrits, en parler dans
les écoles alors qu’il avait des idées incroyables.
C’est vrai que les gens connaissent avant tout un
visage sur un t-shirt.
Voilà,
juste une photo sur un t-shirt et que c’est un
révolutionnaire, aller c’est bon. Non, c’était un homme
d’esprit, un grand homme qui laisse des traces ! Tout ce qu’il
voulait faire à Cuba, aujourd’hui c’est en train de se faire
naturellement en Argentine. Il y a un documentaire au cinéma
qui s’appelle « The Take » et qui décrit tout ce qui se passe
actuellement en Argentine. C’est écrit par Noami Klein,
l’auteur du livre « No logo » et c’est à voir absolument.
No
logo, le livre référence de l’altermondialisation. Voilà, tout
à fait.
J’ai lu quelque part que tu passes beaucoup de
temps sur les forums altermondialistes ?
(rire) Non,
je suis pas tout le temps fourrée sur les forums
altermondialistes mais c'est vrai que ça m'intéresse.... Mais
tu sais, dans le rap comme dans l’altermondialisme,
je reste une marginale.... Ne nous laissons pas
uniformiser ! (rire)
L’importance des mots. Je vais finir
par croire que c’est gràce à cette phrase (et à ce qu’elle
véhicule) que tu m’accordes cette interview ! Exactement
mon frère ! (rire) Pour moi les mots, ça tient tout. Et
pour en revenir au « Che », je suis dégoutée qu’il soit mort
car aujourd’hui, on aurait bien besoin de gens comme lui.
"AVOIR LA PAROLE EST QUELQUE CHOSE DE « SACRE », C'EST UN PRIVILEGE ET TU TE DOIS DE BIEN T'EN SERVIR."
Que représente réellement l’écriture pour toi ? Beaucoup de
choses... ! A la base quand j’ai commencé à écrire
j’était petite et c’était surtout un exutoire, ça l’est
toujours d’ailleurs mais avant mes textes étaient beaucoup
plus personnels, plus hargneux et gratuits. Maintenant, je me
rends compte de l’influence que les mots peuvent avoir et je
sais qu’une parole, un morceau, peut donner de la force
grave comme ça peut réellement détruire. Il faut être
conscient de l’importance de ce que tu dis, du message que tu
vas tenir. Si le rappeur glorifie la galère et te
conforte bien dans la fatalité de ta merde, forcément cela va
te détruire. Si au contraire tu écoutes quelqu’un qui essaye
de te transmettre un message plus positif, tout en gardant un
esprit revendicatif, là il y a force. Moi j’essaye à travers
l’écriture de donner de la force au gens qui écoutent mes
chansons. Maintenant je ne prétends pas y arriver, mais c’est
vraiment ce que j’essaye de faire. Quand j’écris un morceau
déprimé, qui ne sert à rien si ce n’est à me faire du bien, à
me libérer, je m’auto-censure car finalement je vais réussir
qu’à mettre des fardeaux dans la tête de celui qui va
l’écouter. Avoir la parole est quelque chose de « sacré »,
c’est un privilège et tu te dois de bien t’en servir. Il faut
continuellement garder à l’esprit qu’il y a des plus jeunes
qui vont t’écouter et que tes mots peuvent les influencer.
C’est un esprit à l’opposé de ce que l’on voit
actuellement dans une partie du rap us, je pense à des mecs
comme 50 cent. J’suis
désolée mais ces gens là ils sont dans leurs films, il parlent
pas de la réalité.
Il sont déconnectés avec la rue.
C’est
clair, bon après les states c'est une autre
histoire... mais ouais ils racontent n’importe quoi à des
minos qui sont à fond et prennent tout au pied de la lettre.
Les valeurs prônées dans le rap depuis quelques années,
personnellement je ne m’y retrouve pas trop.
Le rap a perdu
ses esprits, comme dit ta chanson. Ouais, je
vais peut-être me répéter encore mais tu as la parole,
alors tu t’en serts bien. Tu as la parole, tu sais que les gens
t’écoutent , alors essaye d’apporter quelque chose, ESSAYE !!!
Il faut arrêter de faire l’apologie de la violence et du
matérialisme. J’ai l’impression que les trois quarts des mc’s
c’est des mecs de droite qui prônent la gloire du capitalisme
et c’est complètement contradictoire car le hip hop à la base,
c’est pas ça. Bon maintenant il faut pas croire que je me la
joue puriste même si plus jeune je l’ai été à fond. Je suis
quelqu’un qui écoute beaucoup de reggae, de ragga, de musique
sud américaine et mes potes ne sont pas tous dans le hip hop.
Il y a plein d’influences en moi qui font que je peux pas te
dire par exemple que je suis Zoulou Nation, même si je
dis oui aux valeurs de la Zoulou Nation. Je ne suis pas une
défenseuse de quoi que se soit, qu’il n’y ai pas d’amalgame !
Je suis une fille de la rue qui rap pour mes frères et pour
mes sœurs, et j’essaye juste de leurs apporter quelque chose
de positif même si dans mes textes, il y a rien de festif.
Cela reste avant tout rageur et revendicatif. Il y a beaucoup
de colère mais j'essaye de faire en sorte qu'elle
soit constructive et non destructice. Je veux juste
soulager le cœur de mes frères et de mes sœurs et pas leur
raconter n’importe quoi en me baladant avec des chaînes en or
autour du coup. C’est pas mon délire.
Soulager le cœur
de tes frères et de tes sœurs, et pour toi ? Ca me fait
du bien, c’est ma drogue. Tous les jours j’écris et je dois
avoir une vingtaine de cahiers remplis de textes dont les
trois quarts n’ont jamais été rappés. J’écris un texte et
j’tourne la page.
C’est ta thérapie ? Ouais, j’ai
besoin d’écrire.
Je sais que pour toi les mots sont
plus importants que l’image, mais pourquoi tu te mets si peu
en avant ? Pour trouver des photos de toi, c’est vraiment la
galère. Franchement j’ai du mal avec le fait qu'on "idolâtre"
les artistes. Les artistes c’est des gens comme tout le monde
et ce qui est important c’est l’Art, c’est ce qu’ils font et
pas ce qu’ils sont. C'est ce que je fais que je veux mettre en
avant, pas ce que je suis... mais à notre époque c'est
devenu impossible de rester
complètement incognito, sinon tu fais pas de concert ou
alors tu mets une cagoule. Wesh, sur scène il fait chaud alors
imagine avec une cagoule. (rire) J’ai envie que les gens
s’intéressent à ce que je fais et pas à ce que je suis.
Je trouve que l’image de l’artiste est faussée. Bon ok on est
au 21ème siècle, c’est à fond strass-paillettes, médias,
télévision, tac tac et tout mais… j’ai du mal avec les
intermédiaires car pour moi c’est l’artiste et son public.
Attention, je dis pas qu’il en faut pas, bien sûr qu’il en
faut et je sais que c’est vachement important les médias,
mais…
Mais c’est pas ton truc. C’est presque une attitude
anti-marketing. Oué, mais
j’ai une attitude anti-marketing et je travaille dessus car
franchement je suis un peu une sauvage. (rire) D’un autre
coté, je suis un peu obligée de faire un minimum d’efforts
parce-que tu peux pas toujours faire ce que tu veux dans la
vie.
Si tu veux diffuser ton art, tu as pas le choix. C’est clair
et c’est justement ce que n’arrête pas de me dire mon manager
: « toi, si il y avait personne derrière toi tu
rapperais seulement pour ton quartier, pour tes potes, pour ta
chambre,… enfin bref ! ». C’est pour ça que je fais un effort
dessus parce que je sais que c’est important mais j’avoue que
c’est pas trop ma tasse de thé.
Pourquoi le
choix de sortir un street-cd avant l’album ? C'est pas
vraiment un choix dans le sens où je ne calcule rien à
l’avance... j’ai rien planifié. Ca fait un an et demi
que je taf sur l’album et j’ai un paquet de morceaux, environ
une quarantaine, et la couleur de l’album se construit au fur
et à mesure. Je commence vraiment à mettre une identité sur
cet album à venir et en fait, comme j’ai plein de morceaux qui
ne figureront pas sur « Entre ciment et belle étoile », je me
suis dit vas’y au moins on les jette pas ces morceaux. En plus
je n’ai jamais rien sorti en mon nom, donc c’est un bon moyen
de prendre la température. Rien que dans ma ville, il y a
beaucoup de gens qui me disaient : alors Keny, c’est quand que
tu sors au moins un cd !
Tu as déjà sorti un vinyl ? Ouais mais
c'est pas super accéssible. C’est un truc qui est plus réservé
à l’élite du hip hop, tout ce qui est dj ou alors les puristes
qui ont leurs platines chez eux. Les gens de la rue, ils s’en
battent les couilles du vinyl.
Pour un
street-cd, c’est une tuerie ! C’est limite album définitif.
Merci... mais non, l’album sera beaucoup plus abouti
autant musicalement qu'au point de vue de mes convictions
politiques, spirituelles et personnelles.
Y sort quand ?
Avant
la fin 2005, inch’Allah.
Tu me tends la perche pour la
question suivante : tu es croyante ? Très
croyante. Ca occupe une grande place dans ma vie mais je n'ai
pas de religion...
Tu parles souvent de l’intuition ?
J’ai
senti la force de la vie dans mes expériences, toujours un peu
sur le fil du rasoir et je sais que je crois beaucoup en
l’intuition. Pour moi, l’intuition c’est un peu le cordon
ombilical avec là haut. L'intuition ça trompe pas, c'est
flexible comme la Vie, alors que la rationalité c'est
quelque chose de rigide, comme le système.
La petite voix ?
La
petite voix qui te dit "fais" ou "fais pas" et souvent quand
tu l’écoutes pas tu te dis après « putain je le savais ! »
(rire) A force de te le dire, tu finis par l’écouter ton
intuition et tu te rends compte qu’il y a beaucoup de choses
qui vont mieux dans ta vie. Dans ce domaine il faut arrêter de
rationaliser les choses, le pourquoi du comment, fais à ta
vibe et selon ton intuition, au moins tu n’auras rien à
regretter. Après tu te trompes ou pas, mais si tu te plantes,
dis merci à la vie car elle t’a donné une grande leçon qui te
permettra de pas refaire les mêmes erreurs. Je vois la vie
comme ça, pleine d’épreuves qui sont là pour te renforcer. Si
tu te relèves alors tu grandis.
Comme en boxe,
c’est un combat. Ouais et
quand tu prends un coup en boxe, il faut bien te dire que
c’est de ta faute parce que c’est toi qui a pas esquivé le
coup.
Tu t’intéresses au sport ? Pas trop.
Et
à la peinture, au graff ? Je suis pas
trop expos, galeries,… mais dans la rue, j’ai les yeux bien
ouverts.
Et la littérature ? Tu lis beaucoup ? Par période
mais comme je suis quelqu’un de très speed et impatiente, j’ai
un peu de mal avec la concentration.
Mai No logo tu
l’as lu ? Pas en entier, tu as vu comme il est gros. (rire)
A
fond, ça fait trois fois que je le recommence. Si je
commence un livre, il faut que je le lise d’une traite. Si je
m’arrête en cours, quand je le reprend je suis obligée de le
relire du début et ça devient une histoire sans fin. (rire)
C’est chaud d’être une femme dans le milieu matcho du
rap ? Tu as du t’imposer ? Franchement, moi perso’ non. Déjà je viens d’un
milieu assez difficile donc au niveau de savoir
s’imposer, y a pas de problème c’est naturel. Ensuite j’ai
débarqué assez jeune dans le rap et à Marseille c’est pas la
même mentalité. Marseille c’est vraiment une mentalité de
village, tout le monde se connaît, s’aime bien et se respecte.
Donc, j’ai fait ma première scène je devais avoir 15 ans et
j’étais plutôt la p’tite sœur que tout le monde encourage,
pourtant ce que je faisais à l’époque c’était franchement
pas terrible ! (rire) Mais cela leur faisait vraiment
plaisir de voir une petite qui a la rage et qui s’en sort car
certains savaient d’où je venais. A la base j’était tombée
assez bas et c’est le rap qui a été ma perche.
Avec Tandem,
Sinik et d’autres, tu fais partie de la nouvelle
génération du rap français qui est une génération plus
hardcore. Qu‘en penses-tu ? C’est une
génération sans concession. Une génération qui est sincère et
qui porte un putain de message social. Franchement, des gens
comme Tandem et Sinik je les respecte grave car c’est des
artistes sans concessions, qui ont réussi à se faire connaître
du public en indépendants et qui ont gardé cette mentalité
indé’.
Kool Shen vient d’annoncer qu’il prend sa « retraite ».
Que représente cette génération pour toi ? Petite,
j’étais à fond Assassin et NTM, des groupes qui m’ont
énormément apporté. Donc si tu me dis Kool Shen, je te réponds
que c’est quelqu’un pour qui j’ai un profond respect. Le mec
est dans la place depuis vraiment longtemps et il n’y a pas
une seule tâche noire sur son parcours. Il a su rester intègre
jusqu’au bout avec sincérité, avec cœur et passion. Maintenant
il a décidé de s’arrêter et au moins il s’en va en héros, il
n’attend pas de partir en couille. Certains à sa place
auraient tirés en longueur et se seraient enfoncés tous seuls.
Il faut du courage pour faire ce qu’il a fait et je respecte
sa décision. Il enlève les gants après une bataille et part la
tête haute, RESPECT.
Tu arrives à te projeter dans
l’avenir ? Non, je vis au jour le jour. J’aime improviser dans la
vie, même si cela comporte des risques. J’avance en fonction
de mes principes et de mon intuition.
Tes projets pour
cette année, à part l’album ? L’album !
L’album ! L’album ! Une fois fini, je me casse et vite.
Besoin de partir, de respirer un peu ? Ouais.
Qu’est ce que tu aimes le plus dans les voyages ? Tout ! Le
pays, les paysages, les gens, la culture et les coutumes.
Quand je voyage c’est pas programmé genre hôtel, machin,… J’y
vais à la roots et je ressemble plus à une vagabonde qu’à une
touriste. J’aime rencontrer la population, parler aux gens et
changer de ville tous les jours.
Que penses-tu
apporter aux gens qui écoutent tes chansons ? De la
force. Je dis pas que j’y arrive, mais j’essaye en tous cas.
Je veux leurs apporter de l’espoir et leur dire que la
fatalité n’existe pas. Leurs dire que la vie est mouvement et
que si tu désires quelque chose, il faut te donner les moyens
pour réussir. Il faut croire en ses rêves et on peut les
réaliser, mais il ne faut surtout pas écouter les gens qui
vont tout faire pour te barrer la route. Il y aura
toujours des trous du cul qui seront là pour te décourager. On
a qu’une vie et il faut y aller à fond. Quand tu as vraiment
quelque chose au fond de toi, que tu en es convaincu et que tu
as la foi, la volonté et la rage, il n’y a rien qui puisse
t’arrêter à part toi-même et la mort. Voilà mon message !
Voilà ce que j’ai envie de dire et voilà ce que je ne retrouve
pas dans les trois quart du rap français. Quand j’écoute du
rap français, j’ai juste envie de me tirer une balle. «
C’est la merde, la fatalité, on s’en sortira jamais,… » ok
c’est bon ! Oui c’est la merde, oui c’est dur, mais
franchement c’est une raison de plus pour se battre.
"JE SUIS SANS CESSE PARTAGEE ENTRE LA HAINE ET
L'AMOUR, ENTRE LA RAGE ET LA FOI."
Que représente
la scène pour toi ? J’ai
commencé par la scène et pour moi la scène c’est tout. En fait
je suis rentrée assez tard en studio.
C’est clair, tu
as bien tourné avant d’enregistrer. Ouais. A la
grande époque de Marseille dans les années 98/99, l'époque de
Chronique de Mars, FF, Faf la Rage, Troisième Œil,… et il
y avait beaucoup de concerts, de micros ouverts, ça bougeait
tout le temps et moi j'étais la première à me jeter sur le
micro. C'est en faisant de la scène que j'ai eu le déclic et
que j'me suis dit :" Ouais, c'est le rap ou c'est rien ! ".
Ton meilleur souvenir sur scène ? Ma première
scène, sans hésiter. J'avais 15 ans et c'était "Logique Hip
Hop # 4" en novembre 1998 et c'était Namor qui m'avait invitée.
C'était le feu, j'étais à fond et je ne voulais plus quitter
la scène. De la bombe.
Des concerts de prévus ? Ouais... il
y a le 29 mai sur Paname au Batofar, puis sur
Marseille je fais le 3 juin la 1ère partie de Method Man avec
Puissance Nord et K.Rhyme le Roi, y'en aura un autre le
10 juin avec Mino, Sale Equipe et Berreta à l'espace julien...
et le lendemain le 11, je participe à la Fête du Soleil, qui
est une fête de quartier dans le quartier de Noailles au
centre-ville, où il y aura pas mal d'artiste du quartier qui
passeront... faut venir c'est cool ! Ca dure 3 jours du 10 au
12 juin... c'est la fête dans la rue... (rire)
Une tournée
prévue avec la sortie de l’album ? J'aimerais,
sur toute la France... et aussi en Amérique Latine, ça serait
de la bombe!. Je t'avoue que j'en peux plus, j'ai vraiment
envie de me casser en Amérique du Sud.
Tu y es déjà
allée ? Oui, je suis déjà allée en Argentine et là, je reviens
de Porto Alegre au Brésil où c'est déroulé le dernier forum
altermondialiste.
Militante ? Oui et non,
disons à ma façon... je suis là et j'observe,
j'apprends... mais je n'appartiens à aucun mouvement. Après
c'est clair, je suis contre la mondialisation et le
libéralisme, contre l'impérialisme Américain et même
occidental. On peut dire que je suis altermondialiste mais
c'est vague car l'altermondialisme englobe beaucoup de
mouvements différents.
Et la politique ? Même si mes
idées sont plutôt de gauche, je peux pas dire que
je me reconnais dans la gauche. Je t'ai dit je
n'appartiens à aucun mouvement, aucun parti... Mais si il
falait me classer quelque part je dirais alors que je suis
Guevariste car je me retrouve dans les écrits du Che. J'aime
Che Guevara, j'aime Thomas Sankara, Gandhi,... c'est des gens
que je respecte.
Des idéalistes. Des
humanistes qui sont allés au bout de leurs idées...
Tu
es quelqu'un qui fait vite confiance ? Ca
dépend... mais c'est vrai que j'ouvre vite mon coeur... et
c'est parfois dangereux, car il y a des gens qui y rentrent
comme des épines. Récemment j'ai ouvert les yeux sur certaines
personnes du milieu Parisien que j'avais maladroitement pris
pour des potes... que ça me serve de leçon !
La p'tite
marseillaise débarque chez les requins parisiens ? Ouais mais
t'inquiètes, quand je pète les plombs je peux être plus tarée
que eux tous réunis. Je suis cool, mais il faut pas
trop m'énerver.(rire) C'est pour cela que je reste à
Marseille, j'suis loin de la vie hip hop... dans mon
quartier... avec mes potes.
C'est important pour toi de rester
proches de tes racines ? Ouais. Même
si je n'ai pas vraiment de racines comme j'ai grandi en foyer,
à droite et à gauche, je suis un peu une vagabonde
mais... c'est important pour moi de rester près des gens de
mon cœur. Et puis franchement, je l'aime trop mon quartier. Je
viens pas d'une cité mais d'un quartier populaire et je
me sens bien dans mon centre ville de Marseille. Les gens
quand ils viennent ici ils disent que c'est sale, que ca pue,
que c'est le bled... ouais mais moi je l'aime le bled et
j'aime me balader dans ses ruelles...
Pour en revenir
à ton futur album "Entre ciment et belle étoile", pourquoi le
choix de ce titre ? Dans mon
enfance j'ai passé beaucoup de nuits dehors, dans la rue,
entre ciment et belle étoile, couchée sur le bitume froid à
scruter le ciel. Après, il y a plusieurs degrés : entre le
système et la vie, entre le monde terrestre et le monde
céleste, entre notre quotidien matérialiste et le spirituel
immatériel, entre le rationnel et l'idéal. Entre ciment et
belle étoile car je suis sans cesse partagée entre la
haine et l'amour, entre la rage et la foi. C'est vraiment deux
sentiments qui me torturent et qui me tiennent debout. La rage
et la foi.
Les extrêmes. Comme dans
le rap. Un jour je te fais un morceau hyper street et le
lendemain un truc plus philosophique... voilà pourquoi "Entre
ciment et belle étoile", c'est mes deux facettes : j'ai un
coté ciment et un coté belle étoile.
Le titre comme
une ligne directrice de l'album ? Oui mais
une ligne directrice qui sera large parce que tu as de la
marge entre le ciment et les étoiles. (rire) Dans cet album tu
trouveras des morceaux nerveux, spontanés et d'autres
plus posés, plus réfléchis. Deux univers qui ne font qu'un.
Un
dernier petit mot. C'est quand
la révolution ?
Bientôt ! Merci Keny. Merci mon
frère.
Website : www.keny-arkana.com
Interview by b. (Thanx à Alexis) Photos DR
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